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Non... laisse moi tranquille, va-t-en !

Chronique d'une maîtresse à  la quinzaine

Vous allez sans doutes le voir dans mon discours, c'est assez impressionnant : hier je suis allée boire un coup avec des amies stagiaires elles aussi et je me suis rendue compte que nous parlons de notre classe et de nos élèves comme si nous y étions depuis plusieurs semaines. En réalité ça fait deux jours. Mais ça nous semble une éternité. Ma notion du temps est totalement bouleversée... C'est grave docteur ?


Ça y est, je suis maîtresse à  la quinzaine ! Remplaçante pour deux petites semaines très intenses.


Comment exprimer ce que je vie, ce que je ressens depuis deux jours ? Comment décrire cette effervescence dans mon esprit ? Ces moments de vide et de solitude absolue ? Ces moments de joie, de fierté, de reconnaissance ? Ces moments de dégout de soi, de honte, de peur ? Ces moments de doutes, ces moments si différents, si diamétralement opposés dans un laps de temps si court ?


Parfois je me dis que j'hallucine, je suis tantôt dans un rêves, tantôt dans un cauchemar. D'une seconde à  l'autre les équilibres s'inversent de manière imprévisible. C'est parfois l'enfer et parfois le paradis. Comment expliquer tout ça ? Comment partager mon expérience ?


Je vais essayer, ça sera sans doute un gros gloubiboulga de choses. En espérant que ça vous intéresse, en espérant transcrire une image fidèle à  la réalité que je vie... Bonne lecture :)


Pour commencer le contexte. Je suis remplaçante dans une ZEP du 19e arrondissement de Paris. Une grande école de type Jules Ferry avec une bonne dizaine de classes. Majestueuse, pleine d'histoire, pleine de couleurs et de vie : charmante bien qu’impressionnante, je m'y sens bien. Ma classe est un cocon chaleureux, pleine de couleurs aussi, avec un coin lecture douillet et un agencement que j'apprécie. Je l'ai aimé au premier coup d’œil. L'enseignante que je remplace m'est sympathique, elle m'a guidé et a préparé mon arrivée, m'a donné une progression à  suivre si je le souhaitais, m'a préparé les photocopies du premier jour... Sympa. L'équipe pédagogique est géniale, accueillante, soudée, drôle. Le contexte est vraiment idéal comparé à  d'autres stages que j'ai pu faire en observation.


En revanche je sais déjà  que mon stage sera difficile. Ils m'ont tous prévenu : j'ai la classe la plus compliquée de l'école. École qui est déjà  compliquée en soi puisque dans un quartier pauvre, avec très peu de mixité sociale sinon celle de l'origine des habitants qui très variée. Le directeur ne m'a d'ailleurs pas cru quand j'ai pris contact avec lui pour dire que j'allais remplacer la classe des CE1B pendant deux semaines. C'était absolument impossible qu'on mette une stagiaire dans une telle classe.


Et pourtant si :)


Voilà  pour le contexte, passons maintenant à  ma classe, à  mes élèves. Ils sont 25 CE1 d'origines variées : asiatique, africaine (du nord, du sud..), Europe de l'est... Curieusement, parmi les rares enfants ayant une famille d'origine française sur plusieurs génération, deux d'entre eux sont bretons, comme moi ! Quatre élèves ont 9 ans et donc un retard évident dans leur scolarité. Les autres ont entre 7 et 8 ans.


Comment vous parler de mes élèves sans les caricaturer ? Sans dire leur prénom ? Sans les trahir un peu ? J'ai tellement envie de partager et tellement peur d'en dire trop ou pas assez.. Bref, je me lance !


On peut dire que dans ma classe j'ai 4 enfants en TRàˆS grosse difficulté que ce soit en terme de comportement, d'autorité ou en terme purement scolaire. Évidemment les trois sont fortement liés. Grosso modo aucun de ces quatre enfants ne peut tenir assis sur sa chaise plus de 5 minutes. Ce qui veut dire que j'ai constamment plusieurs élèves à  reprendre verbalement ou physiquement pour qu'ils se rassoient, se retournent, arrête de piquer la trousse de leur voisin, de discuter à  voix haute avec un autre... D'une seconde à  l'autre l'un d'eux peut se retrouver à  l'autre bout de la classe en train de faire l'idiot, d'embêter un autre élève, de fouiller dans les livres, le matériel, bref, de déranger la classe. En soit cette situation ne serait pas tellement gênante si la moitié de mes élèves n'avait pas le "sang chaud" pour utiliser une expression imagée. Je vais tenter d'illustrer ce que je tente dire dire par un exemple : David se retourne pour embêter sa voisine de derrière, celle-ci se défend en l'insultant, ces deux là  commencent à  se chamailler et haussent le ton. Parallèlement (sinon ça serait trop simple à  gérer), Bafalikou se lève pour aller dire un truc super important à  son copain Antonio qui est à  l'autre bout de la classe. Il trébuche sur le sac de Maryame qui n'arrive pas à  se concentrer sur l'exercice et en profite pour se lever et l'engueuler. Dany qui de toute manière ne comprend rien à  l'exercice (je n'ai pas encore eu le temps de le prendre en aparté pour le guider, en fait je viens tout juste d'énoncer la consigne collectivement) et commence à  trouver le temps long (il est assis et calme depuis au moins 3 minutes) décide de s'autoproclamer justicier et traverse la classe pour se mêler à  la dispute. Les deux autres sont déjà  en train de s'insulter et commencent à  se donner des coups. Je vous ai dit que la moitié d'entre eux ne parlaient pas français dans leur famille ? Il leur manque beaucoup de mots pour exprimer ce qu'ils ressentent en français (qui est leur langue commune), alors ils utilisent systématiquement le langage du corps, c'est un réflexe, ils n'ont pas vraiment d'autre choix. Les autres élèves lèvent le nez de leur cahier et commencent à  commenter ce qui se passe, à  prendre parti et finalement à  reprendre leur vie sociale où elle s'était arrêtée. Tous les conflits en cours refont surface. J'ai 3 secondes pour agir avant que la classe se transforme en champs de bataille.


Et sans déconner, cette scène ou une autre équivalente se reproduit plusieurs fois par heure. Et dégénère régulièrement, notamment quand je suis occupée à  passer dans les rangs pour répondre aux multiples petites questions des élèves, ou pour corriger leur travail. Tout simplement parce que je n'ai pas pu voir la scène initiale dans la seconde et que je m'en aperçoit au moment où l'un des élèves trop agacé pour supporter l'intrusion, l'agression d'un autre alors qu'il tente de se concentrer sur son travail, ne trouve pas d'autre réponse que lui sauter dessus pour évacuer l'agressivité qu'il a accumulée envers lui.


Autant vous dire que je suis constamment sur mes garde, en train de reprendre ces élèves qui ne se maîtrisent pas et qui sont ingérable pour éviter que les conflits éclatent au sein de la classe lors de moments qui devraient être exclusivement consacrés aux apprentissages. Je fais la police. Tout le temps. Et pourtant ils m'échappent régulièrement.


Malgré tout je m'en sors pas trop mal la plupart du temps. Je commence à  comprendre leurs courbes d'attention, leurs fonctionnement. Je suis capable de sentir venir les moments où ces élèves ont BESOIN d'évacuer leur trop plein d'énergie, où ils sont dans l'incapacité de se concentrer. Tout simplement parce qu'ils sont perdus, en échec, qu'ils n'arrivent pas à  répondre aux exigences scolaire. Ils se protègent de cet échec en exprimant par le corps leur agressivité. C'est exténuant pour moi et pour le reste de la classe. Ça l'est pour eux aussi. Je ne peux pas les laisser se lever, parler à  voix haute, jouer avec le matériel de leurs voisins... car ils sont quatre et que la situation dégénère systématiquement. Forcément ils sont frustrés, forcément la tension monte au fil des minutes. Alors la seule solution acceptable que l'équipe pédagogique a trouvé pour gérer cette classe et ces enfants en difficulté est l'exclusion.


Je n'aurais jamais pensé pouvoir exclure des enfants aussi facilement et aussi régulièrement de ma classe. Mais il se trouve que cet acte me fait énormément de bien car il me permet de relâcher la pression dans la classe quand tout le monde est à  bout et que tout est sur le point d'exploser. L'enfant exclue est isolé du groupe où la tension est à  son comble, il se retrouve dans une autre classe où il peut respirer et se ressourcer, dans ce cas particulier ce n'est vraiment pas une punition, c'est au contraire une parenthèse nécessaire. Les autres élèves sont eux aussi soulagés et peuvent se re-concentrer quand ce n'est pas déjà  trop tard et qu'on est pas arrivé à  un point de non retour... Parfois c'est trop tard et dans ce cas la séance est fichue, les enfants sont sur-excités et partent dans tous les sens, j'ai l'impression d'être un clown dans une ménagerie, on arrête alors tout ce qui est en cours et je leur fait croiser les bras en exigeant un silence absolu. Je deviens intransigeante aux dépend des 10 élèves qui n'ont rien demandés et ont été sages, mais je n'ai pas le choix. Il n'y a plus qu'à  attendre la récréation en faisant travailler les élèves dans une ambiance militaire pour pouvoir rependre à  zéro à  la séance suivante. C'est très difficile à  vivre car je déteste jouer ce personnage hurlant, rugissant, qui ne supporte plus le moindre chuchotement. Simplement quand on en est à  ce point de tension si je leur donne un ongle ils me mangent en entier en moins de 10 secondes. Alors je ne lâche rien.


Voilà  pour les enfants difficile. Il faut ajouter à  cela que même sans ces quatre enfants, la classe est plutôt du genre agitée car plusieurs élèves meneurs ont un caractère affirmés et sont dans une situation de confrontation à  l'adulte, comme des collégiens. Cela dit il s'agit de rester ferme et de ne pas se laisser dépasser par eux et j'avoue que vu les cas auxquels je suis confrontée à  chaque instant ces quelques zigotos ne me font absolument pas peur. Ils me compliquent juste un peu plus la tâche, ce qui est relativement agaçant xD


Cela dit mes journées ne se résument pas seulement à  ça ! Je voudrais préciser pour ceux qui me suivent toujours (quel courage, lecteur !) que j'apprécie beaucoup mes élèves et que je suis ravie de les voir après chaque récréation ou quand je les croise dans les couloirs après la classe. Individuellement ils sont drôles, gentils, attentionnés, plus ou moins attachant et cette remarque vaut aussi pour les enfants en grande difficultés qui me font par ailleurs beaucoup sourire intérieurement avec leurs bêtises et leurs remarques parfois complètement décalées. J'ai réussi à  passer des moments très agréables avec cette classe, notamment hier matin alors que tous mes élèves étaient présents et qu'il fallait gérer chacun d'entre eux. La séance d'anglais a été un délice, les enfants en redemandaient et les quatre ingérables n'étaient pas encore surchargés cognitivement. J'ai beaucoup apprécié cette séance où je n'ai pas eu besoin de m’interrompre à  chaque instant pour cause de discipline. Il me suffisait de toucher une épaule, de lancer un regard ou de me déplacer dans la classe pour maintenir l'attention de chacun. Une classe presque normale quoi !


J'ai aussi réussi à  mettre en place une séance avec des expérience où nous avons utilisé de l'eau. J'en avais parlé à  mes collègues le midi pour récupérer le matériel nécessaire et leur faire part de mes ÉNNORMES doutes, car j'en bave quand même pas mal pour tenir la classe alors une expérience par petits groupes en autonomie avec de l'eau, franchement... Ils m'ont trouvé très ambitieuse mais m'ont encouragé à  essayer : "C'est vachement bien ce que tu proposes, franchement essaye, c'est risqué avec tes élèves franchement mais si tu le sens...". Autant vous dire que je ne sentais rien du tout mais que je n'avais pas de roue de secours. J'appréhendais UN MAX cette dernière heure de la journée et j'avais prévenu plusieurs fois mes élèves : "J'ai une expérience géniale à  faire avec vous mais je vous préviens, au moiiiiinnndre dérapage on arrête tout. Je ne supporterais pas le moindre écart de conduite. Est-ce que c'est clair ?". Je les ai fait mousser tout l'après midi et ils étaient impatients de découvrir l'expérience en fin de journée. Pour les tenir en haleine jusqu'au bout je me suis d'abord amusée à  mettre en scène cette expérience telle une magicienne et ils ont été épaté. Ils étaient tellement impatients de pouvoir la reproduire à  leur tour qu'ils s'auto-poliçaient les uns les autres... et tout s'est merveilleusement bien passé ! C'était vraiment très chouette de les voir s'extasier, s'organiser entre eux et s'entre-aider pour que chacun puisse réussir l'expérience.

Ensuite il nous restait un peu de temps alors j'ai commencer à  leur lire une histoire pleine de suspens pour terminer cette première journée sur quelque chose de vraiment positif. Je lisait en mimant, en prenant des voix et des intonations très théâtrales et ils étaient suspendu à  mes lèvres, les yeux grands ouverts, la bouche pendante... Nous nous sommes arrêtés sur une phrase pleine de mystère et de suspens, ils ne voulaient pas que je m'arrête alors que la cloche avait sonnée depuis plusieurs minutes. Ils sont sorti de la classe en discutant de ce qui allait se passer dans l'histoire, en me faisant promettre de lire la suite... C'était vraiment un moment magique que je compte reproduire tous les soirs pour nous permettre de sortir heureux de la classe après des journées franchement éprouvantes.


Hier ils ont été trop nuls pendant la première partie de l'après midi. Comment dire, c'était juste un truc de malade mental avec bastons multiples, insultes, plusieurs gueulandes énormes de ma part, la femme de service est passée pour récupérer un papier et les a engueulé comme du poisson pourri tellement c'était fou (imaginer une mama noire avec la la voix qui chante et les "r" qui roulent, les poings sur les hanches, en train de leur dire leur quatre vérités xD ), tout ça parce que deux des ingérables ont commencé à  péter leur câble et que à  force de pression ça a fait boule de neige avec toute la classe ! Alors après une récréation salvatrice j'ai commencé par exclure ces deux là . Puis j'ai décidé de punir les autres en étant vraiment intransigeante la dernière heure et en leur sucrant l'histoire. Je leur ai dit que ça me rendait triste de ne pas leur lire la suite mais qu'ils ne le méritaient pas. Que j'aimais beaucoup ce moment, que eux aussi et que s'ils n'étaient pas capable de se conduire d'une manière acceptable ils se priveraient de moments très agréables. C'était vraiment difficile pour moi de ne pas revivre ce moment qui me ressource et j'espère vraiment ne plus avoir à  le faire. D'ailleurs je pense ne plus le faire car je trouve dommage de leur enlever ce moment qu'ils n'ont sans doutes pas à  la maison et qui leur manque. Je vais essayer de trouver un autre moyen de pression... C'est compliqué de trouver le juste milieu entre ce l'on veut faire et ce que l'on peut faire réellement xD


Bref, I'm working on it !


ps : je suis dans un état de fatigue physique et psychologique intense, je n'ai pas le courage de relire ces lignes. Désolée si c'est long, mal écrit, bourré de faute, honnêtement je m'en fou, je vais me coucher et doooooormir :p