Le cas du dentiste
Jour 1, 18h00
Je me casse une dent. J'ai mal, mon nerf grogne quand je respire, râle quand je mange et hurle quand je bois. Aïe.
Jour 2, 14h00
J'appelle le dentiste A - conventionné et donc dans mes moyens - qui me donne RDV pour dans trois jours. Je mange du coté droit. Je flippe un peu. Je bois du coté droit. Je palpe ma dentition avec ma langue. Marrant ce trou. Aïe.
Jour 4, 16h00
Les trois jours passent plutôt bien même si aïe. Je sonne chez le dentiste A. Salle d'attente sans vie dans un immeuble sans charme. Je poireaute une heure à cause des urgences. Air supérieur du Monsieur le Docteur en Dentisterie qui prend un faux air navré. Mademoiselle je suis navré aujourd'hui c'est que des urgences, ma secrétaire n'est pas là et moi qui devrait être en vacances mais bon les urgences vous savez...
Jour 4, 17h05
Vient mon tour. Le dentiste A me fait une radio, s'en va la développer et revient. Air supérieur du Monsieur le Docteur en Dentisterie qui m'annonce faussement grave et désolé : C'est vraiment très mauvais tout ça. Il n'y a rien à faire. Il faut arracher. Et puis les implants tout ça. J'espère que vous avez de l'argent. Moi je ne peux pas je pars en vacances. Hum. Hum. je ne sais pas. Hum. Hum. Enfin je peux essayer de faire un pansement mais je ne garanti rien. Et demain je serais en vacances alors bon. Alors on fait quoi mademoiselle ?
Jour 4, 17h20
Dehors, sur le pallier. Je n'ai absolument rien compris à ses explications, il n'a répondu à aucune de mes questions et m'a regardé d'un air supérieur en faisant des exposés bardés de vocabulaire d'aliens. Je sors angoissée. Avec la certitude qu'il faut me faire arracher une dent. Ça j'ai bien compris. Que ça va me couter très cher si je veux la remplacer. Et que si je ne la remplace pas ça va être le dawa dans ma dentition ensuite. Sans avoir compris pourquoi. Et puis j'ai cette douleur aigüe qui me lance ponctuellement et aléatoirement là où il a tripatouillé et posé le pansement. C'est la goutte d'eau en trop. J'ai mal, j'ai peur, je suis complètement perdue et j'ai envi de m'assoir sur le trottoir et de pleurer.
Jour 4, 17h40
Je suis affalée dans mon lit, avec des yeux de panda, je tapote sur mon clavier et pour la première fois en faisant mes recherches sur le site de l'assurance maladie pour trouver un médecin conventionné secteur 1 je coche la case [femme uniquement]. Le docteur A est mauvais, il m'a fait peur, je suis totalement angoissée et j'ai besoin qu'on m'explique, qu'on me rassure et surtout qu'on arrête de me prendre pour une niaise. Je ne suis pas dentiste mais je ne suis pas bête pour autant. J'ai juste besoin de comprendre ce qui se passe. J'appelle un cabinet dont le site internet me semble accueillant, clair, chaleureux. La photo de la dentiste me rassure, elle a un air bon. La réceptionniste me donne rendez-vous pour le mois de septembre. J'ai un hoquet de terreur. Elle s'en rend compte et me demande de lui expliquer la situation. Elle me re-donne rendez-vous pour le lendemain, 16h. Avec le collaborateur de madame la dentiste... c'est un nom d'homme, le dentiste B.
Jour 5, 16h
L'endroit est sobre mais chaleureux, agréable. Un homme me sourit d'un vrai sourire accueillant. Bonjour. Asseyez-vous, voici un formulaire qui me permettra de mieux vous connaître. On y demande ma situation, mon état de santé général, les petits soucis particulier et surtout mon niveau d'angoisse actuel et pourquoi je suis là . Je suis rassurée. Suivez-moi. Nous nous installons dans un petit cabinet où il me demande de raconter. Le dentiste B m'explique ce qu'il compte faire, m'installe et met de la musique. Une radio plus tard et il m'annonce qu'il peut tenter de récupérer ma dent, que si ça marche j'aurais un sursis de quelques mois ou années pour m'organiser financièrement, qu'on en parlera ensuite et que pour l'instant il va tenter quelque chose. C'est parti.
Jour 5, 17h
Dehors, sur le pallier. Un rictus aux lèvres à cause de l'anesthésie donne à mon sourire un air de grimace. C'est marrant. Je ne peux pas m'empêcher de gambader joyeusement. Je sais que rien n'est réglé définitivement mais ça m'est égal. Dans un mois je retourne chez le dentiste B et je ne sais pas ce que tout ça va me réserver mais j'ai le sourire parce que je lui fais confiance. Je n'ai pas eu mal, je ne suis plus angoissée, j'ai eu les réponses à mes questions et son sourire était sincère. Le dentiste B est un bon dentiste.